Washington coupe MEXC du système financier américain : 16 milliards de dollars de flux illicites allégués
FinCEN ordonne aux institutions financières américaines de cesser tout transfert avec MEXC Global, accusé d’avoir traité au moins 16 milliards de dollars de flux liés à l’Iran, à la Russie, à la Corée du Nord et à la cybercriminalité.
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Être dans le top 20 des plateformes d’échange ne protège plus du couperet de Washington. Vendredi 6 novembre 2026, le Trésor américain a décidé de traiter MEXC Global comme un hub de finance illicite.
Selon un communiqué publié le 6 novembre par le Département du Trésor, le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN) a émis un ordre qui, une fois en vigueur, interdira aux institutions financières américaines de traiter le moindre transfert de fonds — y compris en crypto — à destination ou en provenance de MEXC Global. L’accusation tient en un chiffre : au moins 16 milliards de dollars de transactions liées au contournement des sanctions iraniennes, nord-coréennes et russes, ainsi qu’à la cybercriminalité, entre mai 2021 et mai 2026. The Block et CoinDesk ont relayé l’annonce dès le week-end.
16 milliards de dollars, de Garantex aux Gardiens de la révolution
Le Trésor dresse le portrait d’une plateforme fondée en 2018, qui traitait encore, en septembre 2026, plus d’un milliard de dollars de transactions par jour, pour environ 5 milliards de réserves. Sur le papier, MEXC se targue de politiques anti-blanchiment et interdit officiellement les utilisateurs situés en Iran ou en Corée du Nord. Dans les faits, Washington parle de « graves déficiences » de ces contrôles.
Le détail russe pèse lourd, car c’est lui qui justifie juridiquement l’ordre. FinCEN estime que MEXC a traité près de 1,5 milliard de dollars liés au contournement des sanctions russes, dont 232 millions de dollars en transactions directes avec des entités déjà sanctionnées par les États-Unis, l’Union européenne ou le Royaume-Uni. La plateforme aurait encore exécuté des opérations avec Garantex — et son successeur Grinex — en juin 2026, plus de quatre ans après que Washington a placé Garantex sous sanctions, en avril 2022. S’y ajoutent au moins 26 millions de dollars au bénéfice du réseau A7 et près de 200 millions liés au stablecoin A7A5.
Le volet iranien n’est pas moins chargé : environ un milliard de dollars de transactions directes avec plus de 40 plateformes d’échange iraniennes identifiées, et quelque 22 millions de dollars au bénéfice de la Banque centrale d’Iran ainsi que des Gardiens de la révolution islamique et de leur force Al-Qods. Le communiqué évoque aussi la Corée du Nord, les rançongiciels et le darknet, sans toujours chiffrer ces flux aussi précisément.

Une loi conçue pour Moscou, brandie aussi contre Téhéran
L’ordre repose sur la section 9714(a) de la Combating Russian Money Laundering Act, qui permet de frapper une institution étrangère jugée « de préoccupation primaire en matière de blanchiment » dès lors qu’elle est liée à la finance illicite russe. CoinDesk souligne le paradoxe : le Trésor a présenté la décision dans le cadre de l’Operation Economic Outcast, sa campagne lancée en août pour isoler l’Iran du financement mondial. Mais la base légale, elle, passe par la Russie — la seule porte d’entrée que cette section autorise.
MEXC devient ainsi la plus grande plateforme crypto visée par cet outil, après Bitzlato en 2023 et PM2BTC en 2024. Il ne s’agit pas d’une inscription sur une liste noire qui gèle des avoirs, mais d’une coupure de circuit : toute institution financière américaine « couverte » aura interdiction d’effectuer un transfert de fonds vers ou depuis MEXC, en monnaie fiduciaire comme en crypto. L’ordre prendra effet trente jours après sa publication au Federal Register, sans date de fin, sous peine de sanctions civiles ou pénales.
MEXC promet une revue indépendante, les banques américaines n’auront plus le droit de lui parler
Dans un communiqué publié après l’annonce, MEXC dit passer l’ordre en revue avec ses équipes juridiques et de conformité, et maintenir des opérations normales : « les actifs des utilisateurs restent en sécurité ». La plateforme affirme vouloir dialoguer « de façon constructive » avec FinCEN, et avoir lancé une revue indépendante de ses contrôles anti-blanchiment et de sanctions.
L’ironie n’échappera à personne : le 20 octobre, MEXC avait annoncé cesser de servir les utilisateurs situés en Russie et en Biélorussie, au nom de la conformité. Quatre mois plus tôt, selon le Trésor, elle traitait encore avec Garantex et Grinex.
The Block rappelle que Washington a déjà visé des plateformes accusées d’aider Téhéran, de Nobitex en juin à BitBank en septembre. Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, a tranché à sa manière : « Les institutions financières ne peuvent pas jouer sur les deux tableaux : soit vous soutenez le régime iranien, soit vous avez accès au système financier américain. »
Reste à voir si les contreparties hors des États-Unis suivront le mouvement américain — ou si MEXC réussira à convaincre FinCEN que sa revue interne change vraiment la donne, avant que la porte du dollar ne se referme pour de bon.
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