La Bourse de Moscou va lister le bitcoin et l’USDT le 1er décembre, sous sanctions américaines
La Bourse de Moscou ouvrira le 1er décembre le trading de BTC, ETH et USDT, avec un plafond de 300 000 roubles par an pour les particuliers. Un stablecoin de Tether sur une place sanctionnée par Washington : l’équation promet.
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Le bitcoin entre à la Bourse de Moscou. Pas par la petite porte d’un ETF ou d’un certificat, mais en direct, sur les mêmes écrans que les actions Sberbank et Gazprom. Et avec, dans ses bagages, l’USDT de Tether, un dollar numérique émis par une société qui gèle les adresses sanctionnées par Washington. Ambiance.
Dans un communiqué publié lundi 2 novembre, la Bourse de Moscou (MOEX) annonce qu’elle ouvrira le 1er décembre 2026 le premier « marché organisé de devises numériques » de Russie. Au menu du lancement : BTC, ETH et USDT, en mode adressé comme anonyme, avec la promesse d’élargir ensuite la liste à des actifs « internationaux et russes ». Les premières semaines prendront la forme de transactions pilotes, les participants étant raccordés au fil de l’eau, selon le texte de la Bourse relayé par Mail.ru Finance.
De 6 h 50 à 23 h 50, comme une action Gazprom
Le dispositif est taillé dans l’infrastructure existante. Les cryptos s’échangeront aux horaires du marché actions, de 6 h 50 à 23 h 50 heure de Moscou, et les ordres passeront par la chambre de compensation maison, le Centre national de compensation (NCC). Règlement le jour même ou le lendemain, et opérations de swap pour gérer la liquidité : rien de bien exotique pour un trader de la place, c’est précisément l’idée.
Ce lancement découle de la loi n° 282-FZ sur les devises et droits numériques, dont l’essentiel est entré en vigueur le 1er septembre, et que nous avions décortiquée à l’époque. Le texte autorise le trading encadré mais maintient l’interdiction de payer ses courses en crypto sur le territoire russe. Début octobre, la Banque de Russie avait d’ailleurs délivré ses premiers agréments à Sberbank, VTB et consorts, qui visaient déjà la même date du 1er décembre.
300 000 roubles par an, et un examen d’entrée
Le particulier russe, lui, devra montrer patte blanche. Un investisseur non qualifié doit d’abord réussir un test de connaissances, puis ne pourra acheter que 300 000 roubles de cryptos par an, soit environ 3 700 dollars, et via un seul courtier. Les investisseurs qualifiés, eux, n’ont pas de plafond. On imagine mal le petit porteur moscovite abandonner son desk P2P habituel pour l’équivalent d’un smartphone haut de gamme par an.
Les ambitions affichées restent pourtant copieuses. Anatoli Popov, vice-président de Sberbank, évoquait fin août auprès de TASS jusqu’à 4 000 milliards de roubles d’échanges la première année, environ 49 milliards de dollars, rappelle CoinDesk. Rapporté au quotidien, cela fait quelque 11 milliards de roubles par jour. Or le vice-ministre des Finances Ivan Tchebeskov estimait en février le volume crypto russe à 50 milliards de roubles… par jour. Même dans le scénario rose, l’essentiel du flux resterait donc sur les plateformes offshore et les circuits de gré à gré.

Un stablecoin américain chez un paria de l’OFAC
C’est là que le dossier devient savoureux. La Bourse de Moscou et le NCC figurent depuis juin 2024 sur la liste des entités bloquées par le Trésor américain. Et l’USDT est émis par Tether, qui a pris l’habitude de geler les adresses épinglées par l’OFAC. La société avait notamment gelé en mars 2025 des fonds liés à Garantex, l’exchange russe démantelé depuis.
Concrètement, des USDT détenus pour le compte de clients russes par une chambre de compensation sous sanctions pourraient-ils finir gelés d’un clic ? CoinDesk a posé la question à Tether, sans réponse à ce stade. Le mode « adressé » prévu par la Bourse, qui implique des adresses on-chain identifiables, ne simplifie pas l’équation.
Pour Moscou, l’enjeu est clair : rapatrier sur une place régulée, compensée et surveillée une activité qui prospère aujourd’hui hors de ses radars. Reste à savoir si la première réponse viendra du Kremlin, des traders russes… ou d’un communiqué de Tether.
Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptoactifs sont volatils : n’investissez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.