Midterms américaines : la crypto a misé 170 millions de dollars, Kalshi donne pourtant ses adversaires gagnants
Fairshake et les autres super PAC crypto ont dépensé près de 170 millions de dollars dans les midterms du 3 novembre, surtout côté républicain, dont 56 millions contre le seul Sherrod Brown.
Sommaire
Les Américains votent ce mardi 3 novembre pour les élections de mi-mandat. Et rarement une industrie aura autant parié sur un scrutin que la crypto.
Selon un décompte publié dimanche par CoinDesk, les trois principaux super PAC liés au secteur ont dépensé près de 170 millions de dollars dans ces midterms. Un super PAC, pour faire simple, c’est un comité qui peut lever et dépenser sans plafond pour soutenir ou démolir un candidat, à condition de ne pas se coordonner avec sa campagne. Publicités, courriers, SMS : tout y passe. Et selon l’ONG Public Citizen, citée par CNBC, les organisations liées à la crypto ont injecté plus de 200 millions de dollars sur l’ensemble du cycle, soit le plus gros contingent de super PAC mono-thématiques de l’histoire des États-Unis.
Fairshake, 154 millions de dollars et un trésor de guerre intact
Le mastodonte s’appelle toujours Fairshake. Financé en grande partie par Coinbase, a16z et Ripple, le comité et ses deux satellites (Defend American Jobs côté républicain, Protect Progress côté démocrate) ont consacré 154 millions de dollars à leurs candidats favoris, d’après un porte-parole cité par CoinDesk. Mieux : il resterait encore 56 millions dans les caisses pour le prochain cycle. La même stratégie qu’en 2024, quand le secteur avait déjà aligné environ 250 millions de dollars.
Les chiffres officiels de la Commission électorale fédérale (FEC), arrêtés au 14 octobre, donnent une idée de la tuyauterie : Fairshake a déboursé 169,5 millions de dollars, dont 139 millions simplement transférés à ses deux filiales. Ce sont elles qui font l’essentiel du travail de terrain.
Officiellement, la ligne reste bipartisane. Fairshake soutient 33 élus sortants à la Chambre, 19 républicains et 14 démocrates, avec au moins un million de dollars chacun pour six d’entre eux, dont le républicain French Hill, président de la commission des services financiers, et le démocrate Steven Horsford. « Nous soutenons les candidats pro-crypto des deux partis », martèle le porte-parole Geoff Vetter.

56 millions de dollars contre un seul homme
Dans les faits, les gros chèques penchent nettement d’un côté. Plus d’un tiers de l’enveloppe de Fairshake, près de 56 millions de dollars, sert à empêcher Sherrod Brown de revenir au Sénat en Ohio, face au républicain Jon Husted. L’ancien président de la commission bancaire du Sénat, réputé hostile au secteur, avait déjà été battu en 2024 avec l’aide active du même PAC. Visiblement, on ne voulait pas prendre le risque d’un retour.
Fairshake a aussi engagé près de 11 millions de dollars pour le républicain sortant Pete Ricketts, dans le Nebraska. Et les autres ne sont pas en reste. Le Digital Freedom Fund des jumeaux Winklevoss a mis plus de 8 millions de dollars ce mois-ci pour barrer la route aux démocrates en Ohio, au Texas et dans l’Iowa, avec une préférence marquée pour les spots négatifs : au Texas, il a dépensé plus de deux fois plus pour attaquer James Talarico que pour soutenir Ken Paxton. Le Fellowship Fund, financé par Cantor Fitzgerald et proche de Tether, a lui distribué 3,8 millions de dollars aux républicains avant de glisser 600 000 dollars à trois démocrates, dont le très pro-crypto Ritchie Torres.
Kalshi donne les démocrates gagnants, et le CLARITY Act attend toujours
Le problème, c’est que les sondages ne vont pas forcément dans le sens du portefeuille. Les tendances favorisent les démocrates, et le marché de prédiction Kalshi leur accordait, selon CoinDesk, environ 70 % de chances de remporter les deux chambres du Congrès. Une industrie qui a tout misé sur un camp donné perdant par les parieurs : l’ironie n’échappera à personne, surtout dans un secteur qui jure par les marchés de prédiction.
Derrière ces millions, il y a un objectif très concret. Le CLARITY Act, le grand texte sur la structure du marché crypto, s’est enlisé au Sénat cette année. Et même un raz-de-marée républicain ne réglerait pas tout : pour franchir la barre des 60 voix au Sénat, un texte sur la structure de marché ou sur la fiscalité crypto devra de toute façon obtenir un solide soutien démocrate.
Fairshake rappelle volontiers que 53 de ses 57 candidats ont gagné lors des primaires et élections partielles de ce cycle. Reste à savoir si ce « caucus crypto » sortira renforcé des urnes cette nuit, ou si le secteur devra apprendre à négocier avec un Congrès qu’il a en partie tenté de faire perdre.
Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptoactifs sont volatils : n’investissez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.