Payward (Kraken) rachète Saldo Bank : la BCE devra dire si une crypto-bourse peut posséder une banque
Payward, maison mère de Kraken, a signé le 14 octobre pour racheter la banque lituanienne Saldo Bank et sa licence CRD européenne. Clôture visée en 2027, sous le regard de la BCE.
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Acheter une banque plutôt qu’attendre une licence : Payward, la maison mère de Kraken, a choisi la voie la plus directe — et la plus politique — pour poser un pied dans le crédit européen.
Dans un communiqué publié le 14 octobre 2026, le groupe a annoncé la signature d’un accord définitif pour racheter Saldo Finance Oy, holding finlandaise de Saldo Bank UAB, banque numérique agréée en Lituanie. Montant non divulgué, clôture visée en 2027, sous réserve des feux verts réglementaires. Selon le Financial Times, cité par CoinDesk, l’opération ferait de Payward la première société crypto à acquérir une banque dans l’Union européenne.
Une licence CRD, pas un EMI de plus
Payward n’arrive pas les mains vides en Europe. Le groupe détient déjà une licence d’établissement de monnaie électronique auprès de la Banque centrale d’Irlande, une autorisation MiCA via le même superviseur, et une licence MiFID à Chypre. Suffisant pour faire tourner une plateforme et des paiements. Pas pour collecter des dépôts rémunérés ni pour prêter.
Saldo Bank, elle, dispose d’une licence d’établissement de crédit au sens de la directive CRD — le sésame unique qui autorise la prise de dépôts et le crédit dans l’UE. C’est précisément ce que Payward ne pouvait pas improviser sous ses agréments actuels. Kraken cherchait d’ailleurs une licence bancaire lituanienne depuis juillet, rappelait CoinDesk : le rachat raccourcit le chemin que la demande organique n’avait pas encore bouclé.
À la fin 2025, Saldo affichait environ 163,9 millions d’euros d’actifs totaux (près de 180 millions de dollars), en hausse de 22,7 % sur un an, selon les chiffres relayés par CoinDesk. Petite banque, gros ticket réglementaire.

Cinq marchés, deux milliards de prêts déjà initiés
Saldo opère en Lituanie, Finlande, Suède et Allemagne, avec un passeport vers les Pays-Bas. Dépôts à terme retail sur tous ces marchés, crédit conso en Lituanie, Finlande et Suède, crédit PME en Lituanie et Finlande, carte de crédit lancée en Finlande — et un volet banking-as-a-service pour d’autres fintechs. Autant dire une infrastructure déjà branchée sur le SEPA, pas une coquille vide à peindre aux couleurs de Kraken.
Côté acheteur, Arjun Sethi, co-CEO de Payward, assume la thèse sans détour : « Une banque européenne régulée est la pièce qui nous permet de servir les clients européens comme une institution financière primaire devrait le faire : un seul endroit pour détenir des actifs, les déplacer librement et les faire travailler. » Le groupe vante aussi plus de 2 milliards de dollars de prêts déjà originés via Payward Banking, un compte master limité auprès de la Fed aux États-Unis, et une demande de charter de trust national en cours.
Dépôts rémunérés, prêts, cartes, paiements en euros : le catalogue promis pour 2027 ressemble moins à une extension crypto qu’à une banque de détail classique — avec un exchange derrière le rideau.
Francfort tranchera, pas le marché
Signer n’est pas clôturer. Sous le Mécanisme de surveillance unique, l’acquisition d’une participation qualifiée dans un établissement de crédit de la zone euro relève de la Banque centrale européenne, après instruction de l’autorité nationale — ici la Banque de Lituanie. Réputation de l’acquéreur, solidité financière, respect prudentiel de la cible, risque de blanchiment : le questionnaire est connu, et il tombe pile sur une plateforme crypto.
Le timing a son ironie. En avril, la BCE avait déjà mis en garde contre la transmission de chocs aux banques qui reçoivent d’importants dépôts de prestataires d’actifs numériques. Payward demande aujourd’hui l’inverse : ne plus seulement déposer chez les banques, mais en posséder une. Première du genre côté crypto en Europe, ou simple dossier de plus dans les bureaux de Francfort ? La réponse, elle, arrivera bien après les communiqués.
Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptoactifs sont volatils : n’investissez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.