Electrum : des serveurs piégés poussent les utilisateurs à signer eux-mêmes le vol de leurs bitcoins
Electrum publie en urgence la version 4.8.3 : des serveurs malveillants remplacent les transactions en attente et incitent à augmenter les frais pour payer l’attaquant. Deux victimes signalées.
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Le piège ne vole pas la clé privée. Il demande poliment à l’utilisateur de signer lui-même le virement vers l’attaquant.
Les développeurs d’Electrum, l’un des plus anciens portefeuilles bitcoin encore en activité, ont publié le 24 octobre 2026 une alerte de sécurité classée « haute » et poussé dans la foulée la version 4.8.3, présentée dans les notes de version comme une mise à jour de sécurité. Toutes les versions antérieures sont concernées. Et ce n’est pas un scénario de laboratoire : selon l’avis signé par le développeur SomberNight, « certains serveurs mènent cette attaque dans la nature ».
Un serveur qui avale la transaction et en invente une autre
Pour comprendre, il faut rappeler comment fonctionne Electrum. C’est un portefeuille dit « léger » : il ne télécharge pas toute la blockchain et s’appuie sur des serveurs tiers pour connaître l’état du réseau. Pour les transactions confirmées, il vérifie tout de même les preuves cryptographiques. Pour celles qui patientent encore dans la mempool (la salle d’attente des transactions non confirmées), il fait confiance au serveur. C’est documenté, assumé, et jusqu’ici resté théorique.
Quelqu’un a trouvé comment s’en servir. Le scénario décrit par l’équipe est d’une simplicité désarmante. L’utilisateur diffuse un paiement. Le serveur malveillant le garde pour lui, sans le relayer au réseau bitcoin, puis renvoie au portefeuille une transaction concurrente, falsifiée, où l’adresse du destinataire a été remplacée par celle de l’attaquant. Les signatures de cette fausse transaction sont invalides, mais le client ne les contrôlait pas. Le portefeuille affiche donc un paiement en attente qui n’est pas le bon.
Le coup de grâce passe par le bouton « augmenter les frais »
La transaction truquée ne peut pas passer telle quelle. C’est là que l’ingénierie sociale entre en scène. D’après le second témoignage cité dans l’avis, le serveur avait fabriqué une transaction avec des frais nuls, sans doute pour qu’elle reste bloquée et que l’utilisateur, impatient, clique sur la fonction RBF (« replace-by-fee ») afin d’accélérer la confirmation. À ce moment-là, le portefeuille signe pour de vrai, avec une vraie clé, un paiement vers l’adresse du pirate.
Les développeurs disent avoir reçu deux signalements. Le premier utilisateur a remarqué que l’historique affichait une transaction différente de celle qu’il venait d’envoyer. Le second a augmenté les frais et a perdu des fonds, sans que le montant soit précisé. Détail qui en dit long sur la préparation : dans les deux cas, l’adresse de l’attaquant avait été générée pour se terminer par les quatre mêmes caractères que l’adresse légitime. Juste assez pour tromper l’œil de celui qui ne vérifie que la fin.
Comme le résume Bitcoin.com News, un portefeuille conçu pour protéger les clés pouvait donc être manipulé pour produire une signature parfaitement valide sur un paiement que son propriétaire n’a jamais voulu faire.

Le correctif 4.8.3 ferme la porte, pas toute la maison
Le correctif, contenu dans le commit 90fe308, oblige désormais le client à vérifier les signatures des transactions non confirmées qui dépensent des fonds appartenant au portefeuille, avant de les inscrire dans l’historique local. Une transaction falsifiée comme celle de l’attaque est donc rejetée. Les binaires 4.8.3 sont disponibles depuis le 24 octobre sur electrum.org, avec des signatures de plusieurs développeurs. On ne saurait trop conseiller de passer par ce site et de vérifier ces signatures : une alerte de sécurité attire toujours son lot de faux « correctifs » distribués ailleurs.
Pour ceux qui ne peuvent pas mettre à jour immédiatement, l’équipe recommande de contrôler l’adresse et le montant de sortie à chaque signature, augmentation de frais comprise. Les utilisateurs qui connectent Electrum à leur propre serveur, ou à un serveur de confiance, ne sont pas exposés à ce scénario.
L’avis reconnaît aussi les limites de la parade. Seules les entrées appartenant au portefeuille sont contrôlées, pas les transactions entrantes. Valider ces dernières supposerait d’embarquer un véritable moteur de consensus et de remonter récursivement les transactions parentes non confirmées, ce qui n’est pas vraiment le métier d’un client léger.
Combien de serveurs piégés, et depuis quand ?
C’est la question que l’alerte laisse en suspens. Electrum se connecte par défaut à un réseau de serveurs publics opérés par des tiers, et l’équipe ne dit ni combien se sont mis à jouer double jeu, ni depuis quand. Deux victimes se sont manifestées. Combien d’autres ont cliqué sur « augmenter les frais » sans relire l’adresse, et mis l’écart sur le compte d’une fausse manipulation ?
Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptoactifs sont volatils : n’investissez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.