Actions tokenisées : Broadcom, Verizon et CoreWeave ferment la porte à OKXICE avant l’ouverture
Neuf sociétés cotées, dont Broadcom, Verizon et UnitedHealth, refusent que leurs actions soient tokenisées sur OKXICE, la coentreprise d’OKX et de la maison mère du NYSE. Nasdaq se retire aussi.
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Il y a des invitations qu’on décline poliment. Et puis il y a celles qu’on refuse par lettre recommandée, avant même que la fête commence.
C’est en substance ce qu’ont fait neuf sociétés cotées à Wall Street face à OKXICE, la coentreprise montée par l’exchange OKX et Intercontinental Exchange (ICE), la maison mère du New York Stock Exchange. Dans une mise à jour de son avis public datée du jeudi 15 octobre, la plateforme liste neuf émetteurs qui s’opposent à ce que leurs actions y circulent sous forme de tokens : Broadcom, Verizon, UnitedHealth, CoreWeave, AppLovin, Applied Digital, Rocket Lab, Applied Optoelectronics et Cerebras Systems, rapportait The Block vendredi, avant que CoinDesk n’enfonce le clou dimanche. Nasdaq, de son côté, a fait savoir qu’il ne voulait pas non plus voir ses propres titres tokenisés.
63 actions sur Uniswap, ouvert 24 heures sur 24
Pour mesurer le camouflet, il faut revenir au projet. Le 4 octobre, OKXICE a publié l’avis prévu par l’« Innovation Exemption » de la SEC, une dérogation de cinq ans accordée le 17 septembre qui permet à des plateformes sur blockchain de négocier des actions américaines tokenisées sans s’enregistrer comme une bourse. Le menu annoncé comptait 63 titres, de Nvidia à Tesla en passant par Apple, Microsoft, mais aussi Strategy, Coinbase, Circle ou BitGo.
La mécanique a de quoi faire sourire les vétérans de la DeFi. Pas de carnet d’ordres : les échanges passent par des pools Uniswap v4 déployés sur XLayer, la blockchain d’OKX, chaque token étant apparié à un stablecoin (USDC, USDG ou USDT). L’accès est filtré par un « soulbound token », un jeton non transférable délivré après vérification d’identité, selon l’avis publié par OKXICE. Les actions sous-jacentes sont détenues à un pour un par un « tokenizer » passant par un broker-dealer enregistré, que le document ne nomme pas, et les porteurs doivent recevoir dividendes et droits de vote équivalents. Le tout tourne sept jours sur sept, réglé en une seule transaction, sans chambre de compensation.
« Aucun bénéfice clair » pour les actionnaires

Le texte de la SEC donne aux émetteurs un droit de veto assez simple : la plateforme doit les prévenir par écrit, et ils disposent de 30 jours calendaires pour s’y opposer, précise une FAQ de Nasdaq destinée aux sociétés cotées. Une objection dans les délais suffit à bloquer le titre, mais uniquement sur la plateforme concernée. Huit des neuf récalcitrants figuraient dans la liste initiale d’OKXICE ; Cerebras, lui, avait pris les devants.
L’avis ne donne aucune raison. Applied Optoelectronics, si : une porte-parole a expliqué au Wall Street Journal que le fabricant de composants optiques ne savait pas comment la tokenisation affecterait le cours, la liquidité et la volatilité de son action, qu’elle craignait que les investisseurs croient l’entreprise impliquée dans une offre qu’elle n’a ni sponsorisée ni approuvée, et qu’elle ne voyait « aucun bénéfice clair » pour la société ou ses actionnaires.
Nasdaq va plus loin sur le fond. Un porte-parole a indiqué au Journal que l’opérateur ne voulait pas de ses titres sur une plateforme qui n’affiche pas les meilleurs prix en temps réel et ne remonte pas ses transactions au « consolidated tape », le fil qui agrège les échanges du marché actions américain. Petite précision qui a son sel : Nasdaq se dit toujours favorable à la tokenisation, et a obtenu de la SEC son propre pilote. Simplement pas chez le voisin.
Une dérogation de cinq ans, et après ?
Le malaise dépasse quelques directions financières frileuses. Les analystes de TD Securities, emmenés par Reid Noch, ont sondé des dizaines d’émetteurs et n’ont trouvé qu’un « faible intérêt » pour la tokenisation de leurs titres, en dehors d’un petit cercle de sociétés proches de la crypto, selon une note citée par CoinDesk. Plusieurs ont même découvert le dispositif après coup.
Le principal obstacle, selon TD, tient à la nature même du cadre : une dérogation temporaire, pas une règle permanente. Une future SEC pourrait revenir dessus, ce qui rend délicat d’investir dans l’infrastructure pendant que des plateformes étrangères continuent de proposer des actions synthétiques sans ces contraintes. À cela s’ajoutent des plafonds de volume serrés, autour de 0,25 % du volume quotidien moyen pour les titres les plus liquides, selon l’analyse de CTOL Digital, qui situe le démarrage le plus précoce au 3 novembre.
Chez OKXICE, on affiche la sérénité. La coentreprise a dit au WSJ qu’elle comptait toujours lancer des dizaines de valeurs, Nvidia, Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet, Tesla, JPMorgan ou Walmart en tête. Son coprésident Andrew Cuomo, ancien gouverneur de New York, s’attendait d’ailleurs au scepticisme des entreprises et présente la plateforme comme une « première étape ».
Reste à savoir combien de noms de la liste auront encore le droit de figurer au menu à l’ouverture. Pour les grandes capitalisations restées muettes, la règle est simple : passé 30 jours, le silence vaut consentement.
Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptoactifs sont volatils : n’investissez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.