FinCEN enterre ses règles anti-wallets et anti-mixers : la vie privée crypto respire
Le Trésor américain retire la règle « unhosted wallets » de 2020 et le régime spécial anti-mixers de 2023. Coin Center salue, mais prévient : l’autorité légale reste.
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Six ans de suspense, deux paragraphes pour conclure. Le Trésor américain vient de ranger au placard deux des projets de surveillance les plus détestés de l’écosystème crypto : la règle sur les « unhosted wallets » et le régime spécial visant les mixers.
Les deux avis de retrait ont été déposés lundi 5 octobre 2026 sur le site d’inspection publique du Federal Register et sont publiés officiellement ce mardi 6 octobre. Signés par Jimmy L. Kirby, directeur adjoint du FinCEN (le gendarme anti-blanchiment du Trésor), ils mettent fin à deux procédures qui n’avaient jamais dépassé le stade de la proposition, comme l’ont relevé The Block et Decrypt.
3 000 et 10 000 dollars : la règle des wallets qui ne verra jamais le jour
Le premier texte date de décembre 2020, dernières semaines du premier mandat Trump. L’idée : obliger banques et prestataires de services monétaires à vérifier l’identité de leurs clients et à conserver des données dès qu’une transaction de plus de 3 000 dollars impliquait un wallet auto-hébergé, c’est-à-dire un portefeuille contrôlé directement par l’utilisateur plutôt que par une plateforme. Au-delà de 10 000 dollars, ou de plusieurs opérations cumulant ce montant en 24 heures, un rapport au FinCEN devenait obligatoire, informations sur la contrepartie comprises.
Le projet avait soulevé une levée de boucliers immédiate, et il dormait depuis dans les tiroirs. Le voilà officiellement enterré. Le FinCEN justifie le retrait par les « efforts continus de l’administration Trump pour garantir des réglementations sur les actifs numériques adaptées », en s’appuyant sur le rapport du President’s Working Group de juillet 2025. Et la formule finale ne laisse guère de place au doute : le régulateur « ne prendra aucune autre mesure » sur ce texte.
Ironie de calendrier : c’est donc la deuxième administration Trump qui abroge un projet lancé par la première.
Les mixers ne sont plus une « préoccupation majeure »… sur le papier
Le second retrait est plus symbolique encore. En octobre 2023, sous l’administration Biden, le FinCEN avait proposé de classer le mixing international de cryptos comme une « catégorie de transactions de préoccupation majeure en matière de blanchiment », en vertu de la section 311 du Patriot Act. Une première : cet article n’avait jamais été dégainé contre une classe entière de transactions.
La définition retenue était large, très large. Regrouper des fonds de plusieurs wallets, fractionner un transfert, utiliser des adresses à usage unique ou échanger un actif contre un autre pour brouiller les pistes : tout pouvait tomber dans le filet. Les institutions couvertes auraient dû remonter adresses de wallets, hash de transactions et adresses IP. Coinbase s’en était plaint dès janvier 2024, pointant l’absence de seuil en dollars et le risque d’un reporting en masse d’opérations parfaitement banales.
Le FinCEN reconnaît aujourd’hui que cette définition « expansive » risquait d’avoir « un effet dissuasif sur les activités légitimes » et d’imposer une lourde charge aux établissements. Il cite cette fois le rapport de la Maison-Blanche selon lequel l’administration « soutient la capacité des utilisateurs légitimes d’actifs numériques à effectuer des transactions privées sur une blockchain publique ». Une phrase qu’on aurait eu du mal à imaginer dans un document du Trésor il y a trois ans.
Coin Center trinque, mais garde une main sur le frein
Du côté de Coin Center, le lobby de Washington qui ferraillait contre les deux textes depuis des années, on savoure. « Le mois a été dur pour la vie privée et votre droit d’utiliser la crypto. Voici une éclaircie », a écrit sur X son directeur exécutif Peter Van Valkenburgh. Avant de tempérer aussitôt : « l’autorité légale permettant de créer de nouvelles règles tout aussi mauvaises demeure. »
Le FinCEN ne dit d’ailleurs pas autre chose. Il assure qu’il « continuera à surveiller l’activité liée aux mixers » et pourrait agir à l’avenir. La nuance est procédurale, mais elle compte : un projet retiré ne peut plus être ressorti du placard, il faudrait repartir de zéro avec une nouvelle consultation. Et ces retraits ne modifient en rien les obligations déjà en vigueur pour les institutions financières.
Le contexte, lui, a bien changé. Tornado Cash a été retiré de la liste des sanctions de l’OFAC en mars 2025 après une décision de cour d’appel, et un rapport du Trésor remis au Congrès en mars dernier, dans le cadre du GENIUS Act, reconnaissait déjà des usages légitimes aux mixers, tout en réclamant une « hold law » pour geler temporairement des actifs suspects, rapporte The Block.
Reste une question que ce double enterrement ne tranche pas : avec un Clarity Act en panne au Sénat, combien de temps la ligne pro-vie privée de Washington tiendra-t-elle sans être gravée dans la loi ?
Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptoactifs sont volatils : n’investissez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.