DOJ : 61 millions d’USDT gelés, pétrole iranien et comptes Binance dans le viseur

Statue de la Justice aux yeux bandés tenant une balance

Soixante et un millions de dollars, figés en USDT, et un mandat du 14 septembre 2026. Le parquet fédéral de Manhattan (SDNY) a déposé une plainte civile de confiscation visant une dizaine d’adresses sur la blockchain TRON, soupçonnées d’avoir abrité le produit de ventes de pétrole iranien sur le marché noir — avec, en toile de fond, des comptes de trading chez Binance et deux sociétés hongkongaises.

Selon la plainte vérifiée 1:26-cv-08010, déposée le 14 septembre devant le tribunal du district Sud de New York, les États-Unis réclament la confiscation de l’ensemble des USD Tether (USDT) encore présents sur dix adresses listées. À la date du dépôt, ces portefeuilles concentraient environ 61 192 367,59 USDT. Tether a déjà gelé les tokens ; un mandat de saisie signé le même jour par la magistrate Ona T. Wang autorise le FBI à les transférer vers un hardware wallet sous contrôle fédéral à Manhattan.

Blessed Trust, Hexa Whale, et 1,5 milliard en toile de fond

Le dossier ne se limite pas à ces 61 millions. Les procureurs décrivent un réseau d’au moins sept adresses « Entity A », qui auraient reçu et redistribué plus d’environ 1,5 milliard de dollars de produits issus de ventes illicites de pétrole iranien. Deux sociétés constituées à Hong Kong — Blessed Trust Limited et Hexa Whale Trading Limited — auraient, selon l’accusation, reçu et transféré ces flux, tout en se présentant auprès de prestataires financiers comme un gestionnaire de patrimoine / custodian virtuel, ou un courtier en commodities.

Un client désigné « Company-1 », également hongkongais et présenté comme opérateur pétrolier international, apparaît au cœur des virements en dollars. Entre mars et avril 2024, Company-1 aurait envoyé environ 37,15 millions de dollars à Hexa Whale via une banque correspondante américaine basée à Manhattan. Entre le 13 novembre 2024 et le 5 mars 2025, le même client aurait fait passer près de 443,49 millions vers Blessed Trust, toujours sans licence OFAC, selon la plainte.

Pièces Bitcoin sur un clavier d’ordinateur
Les flux allégués passent par des adresses USDT sur TRON et des comptes Binance. (Unsplash)

Binance en toile de fond, pas au banc des accusés

La plainte détaille longuement le rôle des comptes de trading Binance dans la conversion fiat → crypto et dans l’obfuscation des flux. Binance n’est cependant pas nommé comme défendeur dans cette action : les « défendants in rem » sont les soldes USDT des adresses ciblées. Autrement dit, Manhattan vise l’argent, pas (ici) la plateforme. Le contexte politique n’est pas anodin : dès 2026, des sénateurs américains avaient ouvert des questions sur des activités liées à l’Iran repérées sur des rails crypto, après le plaidoyer de culpabilité et l’amende record de 4,3 milliards de dollars acceptés par Binance en 2023 pour des manquements aux sanctions.

Côté destination, les adresses Entity A auraient alimenté notamment l’exchange iranien Nobitex et des transmitters du Moyen-Orient présentés comme des façades du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC). Une adresse du cluster serait liée à une infrastructure de financement du terrorisme contrôlée par Sepehr Energy, société-écran sanctionnée agissant pour le compte de l’état-major des forces armées iraniennes (AFGS) et de l’IRGC, selon le document.

Opération Economic Outcast, et la semaine du Sénat

Le timing tombe au milieu d’une semaine déjà saturée de dossiers crypto à Washington. Le Trésor américain avait lancé en août 2026 l’opération « Economic Outcast », ciblant les réseaux financiers iraniens qui exploitent les infrastructures crypto pour contourner les sanctions. La plainte du 14 septembre s’inscrit dans cette campagne : confisquer les stablecoins, brûler puis ressaisir via Tether, puis tenir les fonds sous scellé FBI.

Pendant ce temps, le Sénat doit trancher le jour même, à 14 h 15 (heure de l’Est), sur la cloture du CLARITY Act — un vote procédural à 60 voix, pas encore un vote final. Deux dossiers, deux tempos : d’un côté la mécanique législative qui cherche soixante sénateurs ; de l’autre la mécanique pénale qui, elle, n’attend personne pour geler 61 millions d’USDT.

Reste à voir si la saisie annoncée se limite à ces adresses — ou si Entity A n’était que la partie émergée d’un milliard et demi déjà cartographié.

Rate this post

Partager sur vos réseaux !

Laisser un commentaire