Binance met 100 millions dans Circle : l’USDC vise les marchés émergents sur cinq ans
Hier, les rivaux d’hier se sont serré la main avec un chèque à neuf chiffres. Le 22 septembre 2026, Circle et Binance ont annoncé un investissement stratégique de 100 millions de dollars dans l’émetteur de l’USDC, assorti d’un nouvel accord commercial de cinq ans pour pousser le stablecoin hors de son pré carré américain — en particulier vers les marchés émergents.
Le communiqué conjoint, publié depuis New York et Abou Dabi, est confirmé par un dépôt SEC (formulaire 8-K) repris par CoinDesk et CNBC. Autrement dit : ce n’est pas un tweet marketing, c’est une opération de capital et de distribution, datée et chiffrée.
100 millions, 1,24 million d’actions à 80,84 $
Selon le filing et le communiqué de Circle, Binance a acquis 1 237 011 actions ordinaires de classe A au prix unitaire de 80,84 dollars, via un placement privé clos le 17 septembre. Le prix intègre une décote d’environ cinq pour cent par rapport au cours de marché de CRCL juste avant la clôture — Circle cotant à la NYSE depuis juin 2025.
Les titres sont assortis d’un lock-up pouvant aller jusqu’à deux ans : Binance ne peut en principe ni vendre, ni transférer, ni couvrir sa position pendant cette période, sous réserve d’exceptions habituelles. L’exchange conserve en revanche le droit de vote. Pour un acteur longtemps présenté comme concurrent de l’écosystème « régulé » de Circle, c’est une façon assez littérale de s’asseoir à la table des actionnaires.
« Notre investissement de 100 millions de dollars et notre engagement sur cinq ans traduisent une conviction de long terme », a déclaré Richard Teng, co-CEO de Binance, cité dans le communiqué et repris par CoinDesk. Jeremy Allaire, cofondateur et CEO de Circle, a de son côté salué « l’une des plus grandes plateformes au monde pour l’usage de la monnaie numérique » et un portefeuille, selon lui, déjà très présent sur les stablecoins dollar.
Cinq ans pour coller l’USDC à 300 millions d’utilisateurs
Au-delà du capital, le cœur du deal est commercial. Le nouvel accord de cinq ans remplace les contrats de novembre 2024 et d’août 2025. Binance s’engage à accélérer la promotion, la notoriété et l’intégration de l’USDC sur sa plateforme — notamment hors États-Unis. Circle, de son côté, fournit l’infrastructure de détention et d’usage, et verse à Binance une commission d’incitation mensuelle indexée sur les soldes USDC détenus via son service de Modular Smart Contract Wallet, précise CoinDesk.
Le sous-texte de marché est à peine voilé. D’après les chiffres cités par CNBC (CryptoQuant), Tether (USDT) circulerait encore autour de 183 milliards de dollars, contre environ 75 milliards pour l’USDC. L’un domine le trading international ; l’autre vend la transparence, la régulation et les paiements. En s’adossant à Binance — plus de 300 millions d’utilisateurs revendiqués —, Circle cherche clairement à gratter du terrain là où USDT a longtemps fait la loi : les marchés émergents, le trading, les flux cross-border.
Circle continue aussi de se diversifier au-delà de l’émission : lancement récent de la blockchain Arc, nanopaiements, commerce « agentique ». Mais sans masse d’USDC en circulation, le reste du catalogue reste une brochure. Le deal Binance ressemble donc moins à une romance qu’à un contrat de distribution — avec prise de participation pour aligner les intérêts.
Pendant que le DOJ observe, l’exchange rachète du capital
Le calendrier a son ironie. Le 22 septembre, Bloomberg et Reuters rapportaient une enquête criminelle du SDNY et du DOJ sur la conformité de Binance face aux sanctions iraniennes — un dossier distinct des 61 millions d’USDT gelés mi-septembre, déjà couvert ici. Le même jour, ou presque, Circle et Binance déploient leur partenariat à 100 millions. Les deux faits ne s’annulent pas : l’un parle de compliance fédérale, l’autre de parts de marché sur le dollar numérique.
Rien n’indique non plus que l’accord soit éternel. Les deux parties peuvent le résilier plus tôt si certains événements surviennent — les seuils exacts restent confidentiels dans le 8-K. Et un placement privé non enregistré limite la liquidité des titres tant qu’une inscription ou une exemption ne s’ouvre pas. Autrement dit : conviction affichée, liquidité bridée, et un compteur de cinq ans qui commence à tourner.
Reste la question que le marché posera sans attendre 2031 : l’USDC gagnera-t-il enfin du terrain face à Tether sur les plateformes où se joue encore le volume international — ou le chèque de 100 millions ne sera-t-il qu’une ligne de plus dans le grand livre des alliances crypto qui finissent en communiqués oubliés ?