Binance : le DOJ scrute l’exchange sur les sanctions iraniennes, pas seulement les portefeuilles
Bloomberg le dit au petit matin du 22 septembre 2026, Reuters confirme dans la foulée : le parquet fédéral de Manhattan et la division criminelle du Department of Justice examinent si Binance a, sciemment, laissé passer des échanges contraires aux sanctions américaines visant l’Iran. Une enquête, pas une inculpation — mais le curseur a bougé.
Selon Bloomberg Law, des procureurs se penchent sur les contrôles de conformité de la plus grosse plateforme de trading crypto au monde. Reuters reprend le même récit : le Southern District of New York mène le dossier, Main Justice à Washington est dans la boucle, et la question centrale est celle du knowingly — savoir ou devoir savoir, puis ne pas couper le robinet. Le DOJ a décliné tout commentaire ; le bureau du procureur de Manhattan n’a pas répondu hors horaires ouvrés.
Huit jours après les 61 millions, le viseur change de cible
Le 14 septembre, le même SDNY avait déposé une plainte civile de confiscation visant environ 61 millions d’USDT liés, selon l’accusation, à des ventes de pétrole iranien sur le marché noir — avec des comptes Binance dans le décor, mais sans que la plateforme soit nommée défenderesse. Metaversus en avait rendu compte. Ici, le récit du 22 septembre est d’une autre nature : ce n’est plus seulement l’argent qui est visé, c’est la conduite même de l’exchange qui est passée au crible.
La nuance journalistique compte. Une action in rem contre des soldes crypto n’est pas une enquête criminelle sur un opérateur. Bloomberg, confirmé par Reuters et repris par Cointelegraph, place pour la première fois en public le focus sur les efforts de compliance de Binance eux-mêmes, dans le sillage d’un dossier iranien qui traîne depuis l’hiver.
4,3 milliards, des monitors, et la mémoire de 2023
Le contexte historique colle au dossier comme un post-it sur un dossier classé trop tôt. En novembre 2023, Binance avait plaidé coupable de manquements aux règles anti-blanchiment et aux sanctions américaines, accepté une amende d’environ 4,3 milliards de dollars, et vu son fondateur Changpeng Zhao quitter la direction. Des monitors de conformité indépendants avaient été installés. Autrement dit : après avoir payé le prix fort pour avoir ouvert la porte à des clients de juridictions sanctionnées — y compris l’Iran —, la plateforme se retrouve à nouveau interrogée sur le même chapître.
Binance, dans un communiqué repris par Reuters et Cointelegraph, martèle sa ligne : « tolérance zéro » sur les sanctions, coopération avec les autorités, volonté de « déraciner » les mauvais acteurs. La déclaration ne dit pas explicitement si la société a connaissance de l’enquête rapportée. Elle rappelle, en creux, que les enquêtes fédérales peuvent aussi se terminer sans aucune charge — Bloomberg le souligne d’ailleurs.
Février, mars, septembre : la même toile se resserre
Le fil ne commence pas ce lundi. Dès février 2026, la presse américaine avait décrit des alertes internes et des flux de Tether vers des portefeuilles liés à l’Iran. En mars, le Wall Street Journal évoquait déjà une attention du DOJ sur l’usage de Binance pour contourner les sanctions, sans clarifier si la cible était l’exchange, ses utilisateurs, ou les deux. Binance avait alors dit n’avoir connaissance d’aucune enquête. Les sénateurs démocrates avaient, de leur côté, ouvert des demandes d’éclaircissements sur l’efficacité du monitorship de 2023.
Le calendrier géopolitique n’aide pas la plateforme. Washington intensifie depuis des mois sa campagne pour isoler économiquement l’Iran et ses proxies ; Reuters rappelle des sanctions récentes visant des sociétés et individus accusés d’aider le Hezbollah. Dans ce climat, un exchange qui traite des milliards de dollars par jour n’a plus le droit à l’ambiguïté — même quand il brandit une baisse spectaculaire de son « exposition sanctions » dans ses blogs de conformité.
Pour l’instant, le marché crypto a traité l’information comme une suite logique plus que comme un choc. Pas d’inculpation, pas de perquisition publique, pas de chiffre d’amende nouveau. Seulement une enquête, des sources anonymes, et une question qui, huit jours après la confiscation des 61 millions, a cessé d’être théorique : Manhattan regarde-t-il encore seulement les portefeuilles, ou aussi celui qui a tenu le carnet d’ordres ?