Aave V4 : fin du déploiement multichaîne et changement de cap
En bref
- Aave Labs publie la feuille de route finale pour la version V4, prévue en mainnet au quatrième trimestre.
- Changement technique majeur : passage des aTokens (mécanique de rebasing) à un modèle de parts conforme à ERC-4626 (standard de vaults).
- Signal fort de la gouvernance : recentrage sur Ethereum mainnet et fermeture programmée des instances économiquement non viables sur plusieurs layer-2 (L2) et alt-L1.
- Étapes à venir : publication du code, testnet public, refonte d’interface et revue de sécurité multilayer (vérification formelle et audits manuels).
La communauté Aave entame un virage stratégique et technique. Sur le plan technique, V4 veut simplifier la comptabilité des dépôts en adoptant ERC-4626 — un standard qui exprime les dépôts comme des parts d’un coffre (vault) plutôt que comme des soldes qui augmentent automatiquement. Sur le plan économique, les organes de gouvernance s’engagent à concentrer les efforts là où le protocole génère réellement des revenus : l’Ethereum mainnet.
Contexte du marché
Le changement de modèle comptable est plus qu’un détail d’implémentation. Aujourd’hui, les aTokens d’Aave fonctionnent avec un mécanisme proche du « rebasing » : le solde d’un utilisateur augmente au fil du temps pour refléter les intérêts. ERC-4626 (standard Ethereum pour les vaults) mesure le rendement via une hausse du price per share, laissant les soldes inchangés. Concrètement, cela facilite l’intégration avec d’autres protocoles, les outils de reporting, les audits et la déclaration fiscale — autant d’angles où les rebases posaient problème.
La feuille de route détaille aussi la séquence technique attendue : publication officielle du code, lancement d’un testnet public accompagné d’une interface revue, puis une phase de sécurité en plusieurs couches (vérification formelle, audits manuels). Les responsables annoncent que la tokenisation restera optionnelle et reposera sur des vaults ERC-4626, tandis que la comptabilité interne éliminera l’usage de taux d’échange ou de soldes scalés pour « améliorer la fiabilité du protocole ».
Sur le plan économique, la tonalité est nette : un message interne de gouvernance souligne que la majeure partie des revenus provient du mainnet — un chiffre cité dans les discussions internes dépasse 86 % — et que de nombreuses instances lancées sur d’autres chaînes ne sont plus viables. L’époque du « spray and pray » (multidéploiements massifs pour capter des incitations) a laissé des déploiements peu actifs, coûteux en audits et en gestion. Des estimations internes évoquent un revenu net annuel d’environ 130 millions de dollars pour le protocole, avec 80–95 % des revenus bruts redistribués aux fournisseurs de liquidité, ce qui limite les marges opérationnelles.
À suivre
- Les propositions de gouvernance visant à fermer les instances sous-performantes : surveiller les critères retenus (revenu, TVL — valeur totale bloquée, activité utilisateur, coût d’audit).
- La feuille de route V4 jusqu’au mainnet Q4 : résultats du testnet, retours d’intégrateurs et calendrier des audits.
- L’impact pour les intégrateurs et fournisseurs de services : migration vers ERC-4626 ou maintien de solutions optionnelles, avec des implications comptables et opérationnelles.
- L’évolution de GHO, le stablecoin natif, qui figure parmi les pistes retenues pour améliorer les marges du protocole.
Le mariage d’une refonte technique et d’un recentrage économique fait de V4 un jalon. Reste à voir si la DAO réussira à coordonner fermetures, migrations et audits sans fragiliser l’écosystème construit ces dernières années.